ORGANISATION NATIONALE DES SYNDICATS dINFIRMIERS LIBERAUX Région Réunion
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DEPENSES DE SOINS INFIRMIERS :LOrganisation Nationale des Syndicats dInfirmiers Libéraux est un syndicat représentatif de la profession au niveau National, il est représenté dans toutes les régions de Métropole, y compris donc à la Réunion .
La section régionale regroupe 200 des 400 Infirmiers Libéraux que compte lîle .
Notre organisation syndicale sest toujours positionnée contre les différentes Convention Nationales, ce qui nous excluait donc de la vie conventionnelle, alors même que nous représentons la majorité des professionnels en activité . Cette incohérence sest accentuée encore depuis Février dernier, date à laquelle 4 organisations syndicales se sont unies, sous le nom de CONVERGENCE, affaiblissant davantage le seul partenaire conventionnel que les Caisses dAssurance Maladie prétendent avoir : la F.N.I. (Fédération Nationale des Infirmiers).
Une situation qui est encore plus sensible dans notre département, où on peut affirmer que ce syndicat signataire ne rassemble que les 3 ou 4 personnes présentes en Commission Paritaire, et quaucune information nest donnée aux professionnels . Peut-on encore parler dans ce cas de représentants de la profession ?
Nous restons les seuls partenaires incontestables de la profession, nous sommes la seule organisation syndicale pouvant se prétendre représenter notre profession .
Aujourdhui se réunit la Commission Départementale des Infirmiers, cette réunion qui servira à donner son avis sur les situations de dépassement de seuil dactivité pour lannée 1998 des 58 professionnels concernés, cette commission dite " paritaire " sera composée, comme cela se passe depuis un an maintenant, sans la section professionnelle, seule la section sociale se retrouve à statuer sur les dossiers . En effet, la F.N.I. boycotte dans toutes les régions, sa participation aux commissions paritaires .
Nous vous proposons, afin de mieux comprendre la situation, de faire un historique de la situation, dans un second temps, nous vous présenterons lévolution de lactivité des Infirmiers Libéraux, puis nous évoquerons dune part les problèmes techniques du suivi de lactivité individuelle et dautre part les problèmes de santé publique qui risquent de se poser si aucune solution nétait trouvé .
1 - LA CONVENTION NATIONALE :
Depuis de nombreuses années, lexercice libéral de la profession dInfirmier est régi par une Convention Nationale avec les Caisses dAssurance Maladie . En 1992, de nouvelles mesures avaient été introduites, qui nont plus fait lunanimité au sein de la profession, notamment linstauration de :
- Conditions dinstallation et de remplacement, obligeant notamment les jeunes diplômés à travailler 3 ans en milieu hospitalier, avant de pouvoir accéder a lexercice libéral, jusque là très pourvoyeur demploi .
- Seuil defficience qui nétait rien dautre quune maîtrise strictement comptable de notre activité .
Il est précisé dans cette convention que :
- il y a nécessité de " parvenir à une régulation concertée et médicalisée de lévolution des dépenses de soins infirmiers pris en charge par lassurance maladie " .
- les parties signataires " entendent maintenir lactivité professionnelle dans des conditions compatibles avec la distribution de soins de qualité "
- le mécanisme de régulation mis en place " tient compte de la volonté des parties signataires dagir sur le volume des actes effectués...et de privilégier la qualité des soins et le développement des alternatives à lhospitalisation "
" le taux dévolution des dépenses... est défini annuellement par voie davenant à la convention ... " pour atteindre lobjectif prévisionnel dévolution des dépenses, il a été convenu de mettre en place un groupe de travail " environnement médico-social " chargé de mieux identifier les besoins de santé de la population au niveau local ... " Ce groupe de travail rassemble les données relatives à loffre globale de soins permettant de mieux cerner les spécificités régionales " Le seuil dactivité individuelle ou " seuil defficience " est fixé à 23000 coefficients AMI et/ou AIS remboursés au cours de lannée civile considérée . le dépassement du seuil defficience annuel entraîne " un reversement constitué dune partie des dépenses remboursées par lAssurance Maladie, effectué par la professionnelle à la CPAM du lieu dexercice professionnel principal " . Dès 1992, notre organisation syndicale sétait démarquée en refusant de signer le texte, et en intentant des recours devant le Conseil dEtat, ces recours ont abouti à deux reprises à lannulation de la Convention .
La dernière date de 1997 : même contenu, mêmes signataires, malgré lopposition franche et massive qui sétait manifestée cette année là, par les élections à notre Caisse de Retraite, les résultats ont montré un vote massif pour la liste dunion O.NS.I.L./S.N.I.L./PROFIL : 75 % .
Encore une fois, nos propositions navaient pas été prises en compte, de nouveau lO.N.S.I.L. se retrouvait exclue de la vie conventionnelle, malgré sa représentativité forte et certaine .
2 - ACTIVITE DES INFIRMIERS LIBERAUX ET EVOLUTION DES
Il faut rappeler certains principes fondamentaux :
Lactivité des infirmiers à domicile est restée pendant de nombreuses années une activité dassistant techniques du médecin, avec une activité largement constituée dactes techniques, dinjections ou de pansements .
Depuis 6 ans environ, nous devons faire face à une demande croissante de prise en charge de personnes âgées et/ou handicapées à domicile, il sagit là dactes de " nursing ", prévoyant la prise en charge globale du patient . Le développement de ces actes permet de maintenir à domicile des personnes relevant bien souvent dune prise en charge institutionnelle .
La modernisation de la profession, due en grande partie à la volonté des professionnels eux-mêmes et des organisations représentatives, a généré lémergence de soins plus spécialisés (dialyse péritonéale, soins aux patients sidéens, aux cancéreux, aux patients en fin de vie, aux enfants atteints de mucoviscidose ...). Le développement de ces soins na pu se faire que grâce à un partenariat actif avec les différents milieux hospitaliers, eux aussi confrontés à la limitation de leur budget, et devant donc réduire les durées dhospitalisation, comptant ainsi sur le dynamisme et la qualité des intervenants libéraux, et réduisant de ce fait les coûts pour lAssurance Maladie .
Cette politique de développement dalternatives à lhospitalisation, largement promu par les derniers gouvernements, y compris le présent (cf. interview de Mme AUBRY, Ministre de la Santé), représente un programme ambitieux dans lequel les infirmiers libéraux se retrouvent, et sont pleinement conscients du rôle important quils ont à jouer .
De même, la nécessité de réorganiser la distribution des soins, par le développement de réseaux de soins, avec le multi-partenariat que cela suppose, a été une piste de travail amorcée depuis la fin des années 1996, par notre organisation syndicale.
Malheureusement, les discours sont beaux et encourageants, mais encore une fois, même si des initiatives sont prises par la profession, les moyens et la reconnaissance manquent encore .
Bien évidemment, ces efforts de modernisation ont un coût, mais les moyens disponibles restent les mêmes. En clair il faut faire davantage et mieux avec des moyens identiques voire même diminués. En aucun cas, on ne prendra en compte les économies réalisées par la prise en charge de plus en plus précoce des patients à domicile, suite à une hospitalisation, par la prise en charge de patients atteints de pathologie lourde, jusque là relevant de soins en milieu hospitalier .
Lévolution des dépenses de soins infirmiers dune année sur lautre a pourtant toujours été respectée, le pourcentage fixé en 1997 était de + 2,5%, ce taux a non seulement été respecté, mais il a même régressé cette année là de - 1,1% .
Nous restons donc bien dans cette enveloppe globale, mais il se trouve que certains professionnels sont pénalisés par le deuxième processus de régulation instauré, qui est un contrôle individuel de lactivité .
Cette limitation purement comptable des actes est inacceptable, car elle porte atteinte à lexercice dit LIBERAL de la profession, elle empêche à lassuré de choisir librement son infirmier (du fait de lincapacité pour celui-ci de prendre en charge le patient sous peine de dépasser son " quota " dactes), elle ne tient pas compte de lévolution des soins infirmiers vers des soins lourds pour des pathologies complexes avec des cotations, tout à fait justifiées, mais élevées .
Car cette limitation ne représente pas un certain nombre de patients à visiter, mais un certain nombre de cotations dactes effectués .
Nous vous donnons ci-après quelques exemples :
Il est bien évident, que cela ne concerne là que des cotations pour un seul patient, et quil convient de rajouter :
Il est donc aisé de comprendre que les professionnels arrivent très rapidement à leur seuil dactivité. Il est certain, que si nous nassurons pas ou plus la prise en charge de patients et de pathologie lourdes à domicile, relevant il y a encore quelques années de lhôpital, les problèmes de seuil dactivité nexisteraient pas, car nous le constatons tous, la prescription de soins courants est en diminution depuis 4 à 5 ans .
Cest donc une véritable modernisation du rôle des infirmiers libéraux qui sest progressivement mise en place, besoin de modernisation ressenti par les professionnels et encouragés par les pouvoirs publics .
Cette modernisation sest traduite par la création des réseaux de soins HIV dans le Sud et le Nord, la création dune structure de coordination de soins avec le CHGSPT, la création de réseaux pour la maladie diabétique dans lOuest et lEst, notamment .
Pourtant, nous navons pas constaté de modifications réglementaires, malgré cette évolution .
Le dépassement du seuil dactivité a concerné la première année 50 professionnels, la plupart dentre eux ont reversés, la seconde année, seulement 20 professionnels étaient concernés, ce qui témoignait bien leffort dadaptation de la profession à cette limitation, pour lannée 1998, 58 professionnels sont concernés .
Cela montre bien quil y a un malaise profond et quil y a une difficulté grandissante à pouvoir respecter cette limitation, il ne peut être question dactes volontaires de professionnels qui accepteraient de travailler tout en sachant quils devront reverser les honoraires encaissés. En fait, il ont dû faire face à une demande pressante de soins, nayant pas trouvé dautres alternatives .
Car, cest justement le manque dalternatives quil convient de faire remarquer :
La convention se contredit donc, elle impose les quotas dactivité, tout en établissant lobligation déontologique de soins et de suivi des patients, et en diminuant la possibilité de recours à dautres professionnels diplômés . Elle est donc inapplicable dans les faits .
4 - PROBLEMES TECHNIQUES DANS LE SUIVI DE LACTIVITE
Les professionnels rencontrent des difficultés à suivre et comptabiliser les actes quils effectuent en effet, les accords sur linformatisation des cabinets ne sont jamais intervenus et très peu de professionnels sy sont intéressés.
Cela représente donc un travail énorme, de comptage manuel, tout comme le fait la CGSS, ce qui explique les erreurs constatées.
5 - PROBLEMES DE SANTE PUBLIQUE
Lapplication de cette convention ne se fait que par ses mauvais aspects, en effet, pour mieux faire avaler le texte par la profession, de bonnes mesures avaient été prises simultanément :
Le fait que cette Convention ne soit appliquée, que pour ce qui intéresse la CGSS, à savoir récupérer des sommes remboursées par lAssurance Maladie au delà du seuil dactivité, peut poser des problèmes de santé publique .
La structure de consommation de soins est différente à la Réunion et dans lhexagone. En métropole, le poste soins hospitaliers constitue de façon plus marquée le poste majeur avec 48 % de la consommation médicale totale. Le poste soins ambulatoires est moins important quà la Réunion (26 % contre 33 %). La volonté largement manifestée des assurés à se faire soigner à domicile, le faible taux déquipement y contribuent largement.
La prise en compte des spécificités régionales supprimerait le risque de refus de prise en charge dun patient à domicile . Cette situation existe déjà dans certains secteurs de lîle, notamment à Saint-Denis, où des familles ont beaucoup de difficultés à avoir un(e) infirmier(e) pour assurer des soins dhygiène pour des personnes âgées ou handicapées .
Cette situation risque malheureusement de sétendre, si rien nest fait .
En effet, les statistiques le prouvent, la proportion de personnes âgées a tendance à croître . Entre 1990 et 1997, le nombre de personnes âgées a augmenté de 31% . Cet effectif va encore doubler au cours des 20 prochaines années .
Laugmentation de lespérance de vie, fait que nous voyons de plus en plus des personnes très âgées dans nos clientèles, la dépendance saccentuant avec le grand âge, les demandes de prise en charge infirmière augmentent .
De plus, lapparition de maladies peu fréquentes, il y a quelques années, notamment des complications de maladies cardio-vasculaires (accident vasculaire-cérébraux ...), rend le milieu familial (jusque là très présent), désarmé, les obligeant à faire appel à des professionnels du soin .
La qualité des soins dispensés et lamélioration des conditions de vie, tendent vers laugmentation de lespérance de vie et à faire perdurer létat de dépendance.
Ces personnes désireuses de vieillir, voire mourir à domicile (98 % des personnes âgées vivent à domicile), placent les Infirmiers libéraux en première ligne afin dapporter la réponse adéquate à cette demande . Faut-il encore que les pouvoirs publics en soient conscients, et nous fournissent les moyens de le faire .
Dautant plus que les alternatives à domicile manquent, en effet il y a un manque de structures daccueil : le taux déquipement pour 1 000 habitants de 75 ans et plus en structures daccueil est de 65,6 à la Réunion contre 146,4 en moyenne nationale.
La collaboration croissante avec le milieu hospitalier conduit à la prise en charge de plus en plus importante de patients à domicile. Cette prise en charge précoce contribue à diminuer les durées dhospitalisation et les coûts pour lassurance maladie. A titre dexemple, le coût dun patient insuffisant rénal dialysé en milieu hospitalier est de 300 000 F. par an (sans complication), le développement des dialyses péritonéales à domicile assurées par les infirmiers libéraux représente un coût quatre fois moindre.
Les soins spécialisés représentent certainement lavenir de la profession, mais ces soins ont des cotations élevées, justifiées du fait de la haute technicité de ces actes, dans notre nomenclature générale dactes professionnels. Cela a pour effet daffecter notre relevé dactivité et donc de pénaliser les professionnels qui sy intéressent.
Lessor de ce type de prise en charge ne peut se faire quen révisant ce volet de limitation purement comptable des actes, de même que le développement des réseaux de soins tels que promus par le Ministre de la Santé.
Les dispositifs de régulation des dépenses de soins infirmiers mis en place, sont trop restrictifs de lactivité et entrave sa modernisation.
La pression faite au niveau des médecins afin de réduire les prescriptions, rajoutée à lenveloppe globale des dépenses de soins infirmiers, devraient rester les deux seuls mécanismes de régulation.
Lapplication de quotas est une sanction injustifiée car aucune faute na été faite sinon celle de soigner.
MOTION