ORGANISATION NATIONALE DES SYNDICATS DINFIRMIERS LIBERAUX Région Réunion
DOSSIER DE PRESSE CONFERENCE DU 26 AVRIL 1999
Depuis de nombreuses années, lexercice libéral de la profession dInfirmier est régi par une Convention Nationale avec les Caisses dAssurance Maladie . En 1992, de nouvelles mesures avaient été introduites, notamment des conditions dinstallation ou de remplacement, privant les jeunes diplômés à laccès au secteur libéral sans expérience préalable en milieu hospitalier, et la fixation dun seuil defficience qui nétait, en fait, quune limitation purement comptable de notre activité .
Dès 1992, notre organisation syndicale sétait démarqué de lautre syndicat représentatif de la profession, en refusant de signer le texte et en intentant des recours devant le Conseil dEtat, recours qui ont abouti à deux reprises à lannulation de la Convention .
Malheureusement, en 1997, une nouvelle Convention était resignée entre les mêmes partenaires, avec le même contenu, malgré lopposition massive des professionnels qui sétait manifestée lors des dernières élections à notre caisse de Retraite ( 75 % de votes pour la liste ONSIL...) .
Une nouvelle fois, nos propositions navaient pas été prises en considération, de nouveau lO.N.S.I.L. se retrouvait exclue de la vie conventionnelle, malgré sa représentativité forte et certaine .
1 - RAPPEL DES TEXTES :
Il est précisé dans cette convention que :
- il y a " nécessité de parvenir à une régulation concertée et médicalisée de lévolution des dépenses de soins infirmiers pris en charge par lAssurance Maladie "
- les parties signataires " entendent maintenir lactivité professionnelle dans des conditions compatibles avec la distribution de soins de qualité "
- le mécanisme de régulation mis en place " tient compte de la volonté des parties signataires dagir sur le volume des actes effectués...et de privilégier la qualité des soins et le développement des alternatives à lhospitalisation "
- " le taux dévolution des dépenses ... est défini annuellement par voie davenant à la convention ... "
- pour atteindre lobjectif prévisionnel dévolution des dépenses, il a été convenu de mettre en place un groupe de travail " environnement médico-social " chargé de mieux identifier les besoins de santé de la population au niveau local ... " Ce groupe de travail rassemble les données relatives à loffre globale de soins permettant de mieux cerner les spécificités régionales "
- le seuil annuel dactivité individuelle ou " seuil defficience " est fixé à 23000 coefficients AMI et/ou AIS remboursés au cours de lannée civile considérée .
- le dépassement du seuil defficience annuel entraîne " un reversement constitué dune partie des dépenses remboursées par lAssurance Maladie, effectué par la professionnelle à la CPAM du lieu dexercice professionnel principal . "
2 - ACTIVITE DES INFIRMIERS LIBERAUX :
Il faut rappeler certains principes fondamentaux :
- lInfirmier(e) nagit que sur prescription médicale, il (elle) ne peut maîtriser son volume dactivité, car seul le médecin pourra décider de la nécessité de soins infirmiers .
- le libre-choix du praticien est un droit fondamental des assurés sociaux .
- lInfimier(e) est tenu de répondre à une demande de soins quand elle se présente, il y a donc une obligation de soins dun point de vue éthique .
Lactivité des infirmiers à domicile est restée pendant de nombreuses années une activité dassistant technique du médecin, avec une activité largement constituée dactes techniques, dinjections ou de pansements .
Depuis 6 ans environ, nous devons faire face à une demande croissante de prise en charge de personnes âgées et / ou handicapées à domicile, il sagit là dactes de " nursing ", prévoyant la prise en charge globale du patient . Le développement de ces actes permet de maintenir à domicile des personnes relevant bien souvent dune prise en charge institutionnelle .
La modernisation de la profession, due en grande partie à la volonté des professionnels eux-mêmes et des organisations représentatives, a généré lémergence de soins plus spécialisés (dialyse péritonéale, soins aux patients sidéens, aux cancéreux, aux patients en fin de vie, aux enfants atteints de mucoviscidose...). Le développement de ces soins na pu se faire que grâce à un partenariat actif avec les différents milieux hospitaliers, eux aussi confrontés à la limitation de leur budget, et devant donc réduire les durées dhospitalisation, comptant ainsi sur le dynamisme et la qualité des intervenants libéraux, et réduisant de ce fait les coûts pour lAssurance Maladie .
Cette politique de développement dalternative à lhospitalisation, largement promu par les derniers gouvernements, y compris le présent (cf. interview de Mme AUBRY, Ministre de la Santé), représente un programme ambitieux dans lequel les infirmiers libéraux se retrouvent, et sont conscients du rôle important quils ont à jouer .
Malheureusement, les discours sont beaux et encourageants, mais encore une fois, même si les actes sont entrepris par la profession, les moyens et la reconnaissance manquent encore .
3 - EVOLUTION DES DEPENSES DE SOINS INFIRMIERS
Bien évidemment la modernisation a un coût, mais les moyens restent les mêmes . En clair il faut faire davantage et mieux avec autant voire moins de moyens .
Lévolution des dépenses de soins infirmiers dune année sur lautre a toujours été respectée, le pourcentage fixé en 1997 était de + 2,5 %, ce taux a non seulement été respecté, mais il a même régressé cette année là de - 1,1 % .
Nous restons bien dans cette enveloppe, mais il se trouve que certains professionnels se retrouvent pénalisés par le deuxième processus de régulation instauré, qui est un contrôle individuel de lactivité. Cette limitation purement comptable des actes est inacceptable, car elle porte atteinte à lexercice dit LIBERAL de la profession, elle empêche à lassuré de choisir librement son infirmier (du fait dune incapacité pour celui-ci de prendre en charge le patient sous peine de dépasser son quota dactes), elle ne tient pas compte de lévolution des soins infirmiers vers une prise en charge de soins lourds et de pathologie complexes avec des cotations, tout à fait justifiées, mais élevées .
Car cette limitation ne représente pas un certain nombre de patients à visiter, mais un certain nombre de cotations dactes effectués .
On se doit de vous donner un exemple :
- une injection intramusculaire est cotée AMI 1, elle coûte 16,50 Frs, notre compte dactivité sera affectée d1 coefficient .
- une prescription dune perfusion à domicile, peut être cotée AMI 10, soit 10 coefficients, pour 20 minutes de soins .
- la prise en charge dun patient cancéreux ou immuno-déprimé peut engendrer des cotations de 15 à 20 coefficients par jour (465 à 620 par mois, 5580 à 7440 par an) .
- la prise en charge dun patient âgé ou handicapé pour des séances de nursing, peut être coté de 3 à 12 coefficients par jour (93 à 372 par mois, 1116 à 4464 par an) .
Il est bien évident, que cela ne concerne là que des cotations pour un seul patient, et quil convient de rajouter : - la prise ne charge des diabétiques insulino-traités non autonomes, du fait de complications existantes ou de leur âge ou de facteurs généraux (illétrisme...) .
- la prise en charge de soins courants, tels que des pansements, des injections ou soins divers de manière ponctuelle .
Il est donc aisé de comprendre que les professionnels arrivent très rapidement à leur seuil dactivité . Il est certain, que si nous nassurons pas ou plus la prise en charge de patients et de pathologie lourdes à domicile, relevant il y a encore quelques années dune prise en charge hospitalière, les problèmes de seuil dactivité nexisteraient pas, car nous le constatons tous, la prescription de soins courants est en diminution depuis 4 à 5 ans .
Cest donc une véritable modernisation du rôle des infirmiers libéraux qui sest progressivement mise en place, besoin de modernisation ressenti par les professionnels et encouragés par les pouvoirs publics, pourtant, nous navons pas constaté de modifications des textes réglementaires .
Le dépassement du seuil dactivité ne peut être un acte volontaire des professionnels, la première année, 50 professionnels étaient concernés, la plupart dentre eux ont reversé, la seconde année seulement 20 professionnels étaient concernés, ce qui prouvait bien leffort dadaptation de la profession à cette limitation, pour lannée 1998, 58 professionnels sont concernés .
Cela témoigne dun malaise profond et dune difficulté grandissante à pouvoir respecter cette limitation, aucun de ces professionnels na manqué de bon sens pour travailler tout en sachant quils devront reverser, ils nont fait que répondre à cette demande de soins pressante, ne trouvant pas dautres alternatives . Car cest justement le manque dalternatives quil convient de faire remarquer :
- il est très difficile de trouver un collaborateur ou un(e) associé(e), du fait des conditions exigées pour lexercice libéral (3 années en milieu hospitalier) . Les infirmier(e)s diplômés sont là, ils sont formés à la Réunion dans deux écoles, ils se retrouvent sans emploi pour certains, du fait de limpossibilité daccéder à lexercice libéral .
- pour ceux qui remplissent les conditions conventionnelles, ils préfèrent exercer en tant que remplaçant(e), mais la convention prévoit que lactivité du remplaçant est comptabilisée sur celle du titulaire du cabinet, ce qui naffecte donc pas le résultat final .
4 - PROBLEMES TECHNIQUES DANS LE SUIVI DE LACTIVITE :
Les professionnels rencontrent des difficultés à suivre et comptabiliser les actes quils effectuent en effet, les accords sur linformatisation des cabinets ne sont jamais intervenus, et très peu de professionnels sy sont intéressés .
Cela représente donc un travail énorme, de comptage manuel, tout comme le fait la CGSS, ce qui explique les erreurs constatées .
- La CGSS est tenu de fournir aux professionnels un relevé intermédiaire dactivité, correspondant aux 6 premiers mois de lannée . Ce relevé doit être envoyé avant la fin du 3ème trimestre de lannée civile considérée, il doit servir à juguler lactivité du second semestre, afin déviter le dépassement . Mais, la CGSS comptabilise les actes payés jusquau 30 Juin, ce qui du fait de retards de paiements incombant à la CGSS, fait stopper le comptage au mois davril . Il ne saurait prétendre alors représenter lactivité dun semestre total, bien que les services de la CGSS auraient le temps de tout comptabiliser, puisquils nenvoient ces relevés que vers le 30 Septembre . Nous dénonçons donc, ce relevé intermédiaire qui nest pas suffisamment explicite, faussé et trompeur .
- Les seuils defficience correspondent donc à un volume dactivité compatible avec la distribution de soins de qualité sur lannée civile considérée . Comment expliquer alors, que la CGSS rajoute lensemble des cotations des actes effectués lannée précédente, qui ont été payés au cours de lannée civile considérée, du fait du retard de paiement des Caisses ou de certaines mutuelles . Le critère qualité de soins ne peut plus être retenu, quand on inclut lactivité de lannée précédente .
- Le comptage des actes reste fortement contesté par les professionnels, qui ne retrouvent pas les mêmes chiffres que la CGSS . Peuvent-ils être jugés et condamnés sur lintime conviction des Caisses uniquement ?
- Lactivité payante, ce sont les assurés qui disposent dune mutuelle ou ceux qui se font rembourser directement par lAssurance Maladie, est gérée non pas à la Réunion, mais à Bordeaux . Le suivi de lactivité et le relevé émanent de cette région, les chiffres avancés par la CGSS ne correspondent pas à lactivité réelle des professionnels, et aucune vérification nest possible, est-ce là encore un élément exact et précis pour condamner un infirmier à reverser ?
5 - PROBLEMES DE SANTE PUBLIQUE :
Lapplication de cette Convention ne se fait que par ses mauvais aspects, en effet pour mieux faire avaler le texte par la profession, des bonnes mesures avaient été prises simultanément :
- la Formation Continue des infirmier(e)s, avec un programme riche et intéressant et la possibilité dobtenir une indemnité de pertes de ressources (N.B. : financée par des cotisations spéciales à un fond de formation ) . Cette formation a eu du mal à se mettre en place, une fois appliquée, cela a duré un an, depuis cette année, nous continuons à cotiser, les formations peuvent avoir lieu, mais lindemnité de perte de ressources ne peut plus être versée ... .
- Le respect du taux dévolution des dépenses de soins Infirmiers, devait permettre les revalorisations tarifaires, par voie davenant annuel . Les efforts consentis nont jamais aboutis à une revalorisation .
- Les Commissions Paritaires devaient faire remonter à la Commission Nationale, les difficultés rencontrées dans chaque région afin dappliquer la Convention, ils pouvaient décliner à léchelle de la région des objectifs de dépenses différents des objectifs nationaux, tenant compte des spécificité régionales . Ici, comme ailleurs, ils ne font des réunions, que pour statuer sur les dépassements dactivité, ou les sanctions à légard de tel ou tel professionnel .
Le fait que cette Convention ne soit appliquée, que pour ce qui intéresse la CGSS, à savoir récupérer des sommes remboursées par lAssurance Maladie au delà du seuil dactivité, peut poser des problèmes de santé publique .
La formation continue des infirmiers libéraux reste le gage essentiel dune distribution de soins de qualité, conforme aux évolutions médicales et aux nouvelles techniques .
La prise en compte des spécificité régionales supprimerait le risque de refus de prise en charge dun patient à domicile . Cette situation existe déjà dans certains secteurs de lîle, notamment à Saint-Denis, où des familles ont beaucoup de difficultés à avoir un(e) infirmier(e) pour assurer des soins dhygiène pour des personnes âgées ou handicapées .
Cette situation risque malheureusement de sétendre, si rien nest fait .
En effet, les statistiques le prouvent, la proportion de personnes âgées a tendance à croître . Entre 1990 et 1997, le nombre de personnes âgées a augmenté de 31% . Cet effectif va encore doubler au cours des 20 prochaines années .
Laugmentation de lespérance de vie, fait que nous voyons de plus en plus des personnes très âgées dans nos clientèles, la dépendance saccentuant avec le grand âge, les demandes de prise en charge infirmière augmentent . De plus, lapparition de maladies peu fréquentes, il y a quelques années, notamment des complications de maladies cardio-vasculaires (accident vasculaire-cérébraux ...), rend le milieu familial (jusque là très présent), désarmé, les obligeant à faire appel à des professionnels du soin . La volonté largement manifestée des assurés et des personnes âgées à rester chez eux et à se faire soigner à domicile (98 % des personnes âgées vivent à domicile), et le manque de structures daccueil (taux déquipement pour 1000 habitants de 75 ans et plus en structures daccueil est de 65,6 à la Réunion contre 146,4 en moyenne nationale), placent les Infirmiers libéraux en première ligne afin dapporter la réponse adéquate à cette demande . Faut-il encore que les pouvoirs publics en soient conscients, et nous fournissent les moyens de le faire .
MOTION
- LO.N.S.I.L. Réunion invite lensemble des Infirmiers Libéraux du Département concernés par le dépassement du seuil dactivité pour lannée 1998, à venir devant la Caisse Générale de Sécurité Sociale, le Mardi 27 Avril, à partir de 9h00, de même que les autres collègues pouvant se libérer ce jour là, afin de dénoncer le manque de considération de notre profession de la part des Caisses dAssurance Maladie.
LO.N.S.I.L. demande audience au Directeur de la Caisse Générale de Sécurité Sociale, afin de lui faire part de nos difficultés dans lexercice de notre profession. Cette rencontre devra être suivie par un entretien individuel avec chacun des professionnels désireux de se faire entendre, afin de justifier leur dépassement du seuil dactivité. En effet, cest au Directeur de la C.G.S.S., quincombe la décision de faire reverser ou pas les honoraires, la Commission Paritaire nayant quà donner son avis sur les dossiers. LO.N.S.I.L. demande à être reçue par Mr le Préfet de la Réunion, représentant du gouvernement, ainsi que par M. le Directeur Régional des Affaires Sanitaires et Sociales, afin de leur faire part des difficultés rencontrées par lapplication de cette Convention Nationale dans notre Département. Une commission devra être crée afin de faire une analyse objective des besoins en soins Infirmiers, et dégager lévolution de ces besoins dans les années à venir, en tenant compte de lévolution de la population et de son vieillissement, et en prenant en compte la collaboration accentuée entre les milieux hospitaliers et les professionnels libéraux, amenant les malades à se faire soigner plus et plus tôt à domicile. LO.N.S.I.L., organisation syndicale représentative de la profession, fait le constat tous les jours auprès de ses adhérents ou non, quil y a un profond malaise au sein de la profession, quil y a un manque de considération du travail effectué tous les jours auprès de nos malades, que la profession manque encore de reconnaissance, et que trop de promesses et de beaux discours sont restés sans actes. Aussi, il a été décidé de mettre en place, dans un mois, une grève de soins totale, dune durée illimitée, avec lenvoi des patients chroniques à lhôpital et la non-réponse aux soins urgents. Cette action sera renouvelée à compter du mois de Octobre 1999 jusqu'à la fin de lannée, période pendant laquelle aucun soin ne sera assurée, afin déviter toutes sanctions de reversement. Pour votre information, dautres régions de Métropole ont décidé de mener cette même action . LO.N.S.I.L., bien que nétant pas le partenaire conventionnel des Caisses dAssurance Maladie, reste tout de même la seule organisation professionnelle représentative dans les faits, des Infirmiers Libéraux, ce qui explique notre présence dans toutes les réunions ou groupe de réflexion, qui se mettent en place dans notre département sur le thème de la Santé. Cette participation va dans le sens, de la reconnaissance de notre rôle dans le système de soins, la modernisation de celui-ci, par le développement des réseaux de soins, ne peut se faire quavec la participation active des Infirmiers .